Métiers

Devenir manager à la Réunion

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  • Publié le 21 octobre 2009

Alors que le PRMA a lancé une formation manager en septembre dernier, nous avons enquêté sur la réalité du métier à la Réunion. Reportage et récit d’expériences.

De l’importance du manager

Fin septembre, le PRMA propose une formation au management (voir p.4). Dans cette perspective, nous avons interrogé quelques-uns des (rares) 
managers exerçant dans notre île. Le constat est clair : alors que le 
métier est d’une importance capitale pour la structuration des groupes et leur 
développement à l’export, la Réunion compte encore trop peu de 
managers. Crise des vocations ou déficit d’information, un constat s’impose : pour 
accompagner un foisonnement musical sans réel équivalent dans les autres régions de l’hexagone, la Réunion ne pourra pas se passer plus longtemps de professionnels aguerris. « Il y a un manque évident à la Réunion, les groupes sont souvent livrés à 
eux-mêmes, explique Nicolas Laurent, le directeur du développement culturel au Bato Fou. Il semble qu’historiquement, l’économie de la musique locale a conduit à cet état de fait : tout le monde touchait à tout, de manière assez désordonnée. Or, pour exercer ce métier, il faut des connaissances à minima sur le juridique, les ressources humaines, la gestion d’un budget… Aujourd’hui, on a besoin que les choses soient mieux structurées. »

Tout faire pour manager

Encore convient-il de bien définir les contours du métier ; ce qui n’est pas la chose la plus aisée tant les frontières sont mouvantes en fonction des besoins des artistes et de la personnalité du manager. Accompagner, « coacher », 
organiser, administrer, communiquer, démarcher… Le manager fait tout cela et souvent bien plus encore. « Ce métier est chaque jour à réinventer, confirme Nathalie Soler, manageuse (elle préfère dire « accompagnatrice d’artiste ») de Salem Tradition, Lindigo et l’Orkès Karousel. Un manager, c’est une personne à tout faire. Ce que nous avons tous en commun, c’est la capacité à gérer l’administratif. Après, on peut choisir un poulain pour en faire un Numéro 1 au Top 50 ou être plutôt attiré par un projet artistique. Pour moi, le choix est vite fait. »

S’auto-manager

Reste qu’en l’absence de managers, beaucoup d’artistes en sont réduits à faire le boulot tout seuls. « Le leader du groupe se retrouve souvent manager par la force des choses, explique Delphine Canard, des Jeunes Mariés. Pour les 
cafés-concerts, ça demande de l’énergie et beaucoup d’investissement. Mais c’est relativement simple. Au-delà, pour intégrer le réseau des salles de 
spectacle, il faut réussir à passer la barrière de la secrétaire. Sinon, la Clameur des Bambous reste à mon sens le meilleur tremplin pour se faire repérer ! » « Pour un groupe qui débute, il est assez facile de se gérer soi-même, 
rebondit Sébastien Bonneau, de Backstroke. En revanche, dès qu’on veut 
s’exporter, tourner en métropole, les choses sont plus compliquées. Pas facile de gérer des contacts à 10 000 kilomètres tout en se consacrant au projet de groupe. »

Manager pour structurer

C’est même impossible quand la carrière de l’artiste a vraiment décollé. « Mon manager, c’est mon bras droit, explique Meddy Gerville. Au début, il faisait 
tout : la tournée, l’édition… Mais maintenant que je tourne beaucoup – je prends un avion tous les mois –, mon manager doit se consacrer à son cœur de métier. Pour le reste, j’ai un producteur, un éditeur et un tourneur. » Reste que, même à l’échelle de la Réunion, il peut être utile de se faire aider. Ex-administratrice du Bato Fou (elle exerce désormais en indépendante), Erika Toutain a eu un coup de cœur pour Andemya : « Je les ai aidés à mettre de l’ordre dans leur association, à se rassembler autour d’un projet. Mais mon rôle s’arrête là. Maintenant, j’essaie de leur trouver un vrai manager ; une étape essentielle pour sortir du réseau des bars. » La jeune femme s’est impliquée bénévolement aux côtés du groupe. Comme elle, d’autres s’investissent par passion, sans statut, sans rémunération. Cela ne fait pas encore une profession. Mais le terreau est fertile pour que se développe un vrai réseau à la Réunion. Beaucoup aimeraient d’ailleurs se lancer. Mais peu osent. Les portraits suivants devraient les y inciter. Témoignages de parcours très différents, ils prouvent qu’il n’y a pas de modèle tout fait, juste une passion commune pour moteur d’un métier trop peu pratiqué.

O.P.

- Pascale Tixier, manageuse de Zion Light
« Un « pool » de managers »
« J’ai toujours baigné dans le milieu artistique. Autrefois, je m’occupais d’un festival de jazz à Paris et d’un groupe à Saint-Mandé. Arrivée à la Réunion, j’ai suivi une formation au management d’entreprise avec la chambre de Commerce. J’ai adapté ces acquis au monde de la musique. Je fais partie du collectif « Les points sur les I ». Nous envisageons de créer un « * pool » de managers pour 
répondre à la forte demande des groupes émergents. Beaucoup de jeunes femmes, leaders de leur groupe, se décarcassent. Elles pourraient avoir un vrai statut avec une petite formation. 
Pour l’instant, elles sont dans l’ombre… »

- Teddy Moutalica, manager de Meddy Gerville, Fabrice Legros et Yaelle Trulès
« La vérité du terrain »
« À la base, j’étais consultant dans un cabinet de recrutement en Europe. 
Lorsque je suis revenu en 2005, Meddy Gerville avait besoin de quelqu’un qui parle anglais. 
La gestion, je connaissais. Pour la partie artistique, il m’a donné les codes, fait connaître les gens qui comptent. Ensuite, j’ai suivi une formation avec l’IRMA. Cela m’a donné des bases 
saines et solides sur le juridique, le budget, la négociation, le montage de dossiers… Mais la vérité du terrain, c’est autre chose ! Le seul métier de manager ne suffirait pas à me faire vivre. C’est pourquoi je suis aussi producteur exécutif des albums de mes trois artistes. »

- Josef Cebollero, administrateur de la Cie Baba Sifon et de Kréol’Art (Tapok)
« Un métier hybride »
« J’accompagne des artistes depuis 25 ans. J’ai appris sur le tas. À l’époque, les 
cursus n’existaient pas. Puis, j’ai suivi des formations à la gestion d’entreprise et à la 
comptabilité avec l’ANPE. Pour ma famille, je suis toujours en vacances. Pourtant, c’est un métier à plein temps. Il faut acquérir des ficelles assez rapidement, se tenir au 
courant, connaître les lieux de diffusion, les droits des artistes… C’est un métier d’entregent, mais pas seulement. Le manager est un hybride ; un négociateur avec une forte sensibilité 
artistique. Enfin, il faut mettre son ego de côté. Pour épargner les artistes, on prend des 
coups en première ligne ! »

- Fabrice Paulee, manager de Backstroke
« Un risque à prendre »
« C’est un nouveau métier pour moi. Backstroke m’a appelé parce que je connais bien le 
milieu ; j’ai été bercé par le métal, j’ai un carnet d’adresses, une petite expérience. En outre, le groupe est accompagné par le Bato Fou, ce qui est rassurant. Pour l’instant, je fais un peu tout : 
communication, management, administration, tournées… J’ai une relation exclusive avec le 
groupe. J’abandonne peu à peu mes autres activités. C’est un risque à prendre. Pour l’instant, je fonctionne en pur bénévolat. Mais pour l’avenir, les choses sont claires : sur les concerts, j’aurai un cachet et sur les contrats d’édition, on a déjà discuté de la répartition. »

- Sandrine Ebrard, chanteuse et ex-manageuse de Zong
« Je suis redevenue artiste »
« J’ai longtemps fait le management de Zong, tant bien que mal, en ayant 
suivi des formations au PRMA. En 2005, on a rencontré Cyril Tomas-Cimmino, l’ex-régisseur des Tambours de Brazza. Il nous a proposé de faire la tourne puis il est rapidement devenu notre manager. Dans la foulée, on a créé le label Bi Pole. Jean Laffite en est l’administrateur ici, Cyril est notre relais en métropole et on vient d’engager une nouvelle bookeuse qui s’appelle 
Lynn Degobert. Aujourd’hui, je suis redevenue artiste ! On discute de l’orientation stratégique 
avec le manager, mais désormais, c’est lui qui se tape le sale boulot. »

- Mo Akbi, manager du groupe Malouz
« être responsable de la carrière du groupe »
« Entrer dans le métier de manager a été la suite logique de mon amour pour la musique, le blues notamment. Quand le groupe Malouz s’est formé, je connaissais Roberto Morel, le leader, depuis 
10 ans. Notre association s’est donc faite naturellement mais j’ai exigé deux conditions : que le groupe sorte un album pour pouvoir démarcher et qu’une association soit montée…. Etre manager c’est être responsable de la carrière du groupe. Il faut être l’agent, le confident, le critique, le papa et la maman du groupe. Par contre je ne gère pas les musiciens : je confie cette tâche au leader. J’organise, je conseille, je trouve des contrats, je monte des projets pour donner de la dimension au groupe. Ce qui compte c’est la relation de confiance entre moi et le leader, c’est fondamental car cela nous permet d’avancer ensemble. »

- Jean-Max Figuin, manager de iZa, Soul Kmayann’ et Tikok Vellaye
Permettre à l’artiste de se consacrer entièrement à son art. »
« Lorsque je me suis lancé comme manager d’iZa, il s’agissait d’aider mon 
épouse qui souhaitait relancer sa carrière de chanteuse. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas beaucoup de managers à La Réunion. Au début, j’ai donc fait ce travail bénévolement, j’ai appris sur le tas et je me suis découvert. Je me suis aperçu que les artistes étaient demandeurs d’une personne qui puisse structurer leur 
environnement professionnel, gérer leurs relations avec la presse… Pour ma part, j’essaie d’être très présent auprès de mes artistes pour leur permettre de se consacrer pleinement à leur art. Je m’investis dans le management, la production et la distribution. Entre eux et moi, c’est la confiance totale… Ce sont les qualités humaines et le relationnel qui font la différence. Le reste, le côté 
technique… tout cela s’acquiert. »

- Luciano Mabrouck, MaronRprod, accompagne et conseille Kaf Malbar, 
James, Simangavole, Kom Zot (…)
« MaronRprod c’est la liberté »
« Je ne suis pas manager à proprement parler. J’accompagne, je conseille, j’aide des artistes qui me sont proches. MaronRprod c’est la liberté et c’est cette 
liberté qui fait ma force. Je suis disponible pour les artistes et je leur fais partager mon 
expérience. Nous avançons ensemble sans aucune obligation mais dans l’entraide et le 
respect mutuel. Je produis et j’organise des spectacles et je suis en train de travailler à 
developper mes activités de producteur phonographique… Un point crucial selon moi : je suis musicien et je suis toujours en activité. Du coup, je peux m’adapter aux besoins des artistes, les comprendre et les conseiller. Pour accompagner un artiste, il n’est pas nécessaire d’être spécialiste dans tel ou tel 
domaine, mais il faut avoir des connaissances générales juridiques, économiques, 
techniques et savoir où trouver l’info ».

* d’autres initiatives de regroupement sont en cours ; nous nous en ferons prochainement l’écho.

O.P. et M.M.

vos réactions

  • Le samedi 27 février 2010 à 15H36 Devenir manager à la Réunion

    Je souhaite me lancer dans le métier de manager artistique et cette page m’a beaucoup éclairée sur le domaine, les témoignages et conseils des professionnels déjà sur le terrain sont concrets et utiles, merci !


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