Métiers

Le métier de Manager vu par Frederic Bapt, manager d’Ez3kiel

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  • Publié le 15 juin 2009

Les managers sont encore assez rares à la Réunion. Nous avons rencontré Frédéric Bapt, manager historique d’Ez3kiel, au cours d’un rencontre professionnelle organisée lors du passage du groupe au Bato Fou, en mai dernier. Séquence coaching.

Muzikalité : Comment avez-vous démarré dans ce métier ?

Frédéric Bapt : Je suis devenu manager au début des années 1990. Comme tout le monde, j’ai appris le métier sur le tas, en trouvant des dates pour des copains dont certains ont ensuite fondé Gnawa Diffusion. En 1997, j’ai suivi une formation de sept mois à Issoudun avec l’IRMA. Puis j’ai rencontré Ez3kiel. J’ai commencé par les conseiller sur un contrat d’édition où ils étaient clairement en train de se faire arnaquer. Leur musique m’a plu, on ne s’est plus quittés.

M : Votre carrière est donc intimement liée à celle d’Ez3kiel ?

FB : En effet, j’ai grandi avec eux. J’ai d’abord créé une association pour donner un cadre légal à notre collaboration. Au début, j’étais quasi-bénévole. Je faisais le « roadie » pour avoir des cachets ! Ma chance, c’est d’avoir été d’emblée dans le milieu. Mon réseau était fait surtout à Paris. Ensuite, on a tous évolué. Ez3kiel a signé un contrat de production avec Jarring Effects et moi, je me suis structuré. Maintenant, nous sommes organisés autour d’un tourneur, d’une équipe de techniciens, d’un concepteur-éclairagiste, de deux sonorisateurs…

M : Que vous a apporté votre collaboration avec le label Jarring Effects ?

FB : C’est une belle rencontre. Les débuts ont été difficiles car on ne signait jamais rien, tout était un peu foutraque. Mais il y avait du monde, de l’énergie, de l’envie. Les labels et sous-labels de majors n’ont jamais été intéressés par Ez3kiel : pas assez commercial. En revanche, Jarring nous a fait tout de suite confiance. C’est plutôt rare dans les maisons de disques où le chef de projet cherche à positionner le disque comme un produit marketing. Pour notre premier album, ils n’ont écouté le CD qu’au stade du mastering !

M : Comment définiriez-vous votre métier ?

FB : Manager, c’est un métier d’artisan. Il faut avoir l’œil sur tout. Je n’interviens pas, ou très peu, sur le côté artistique. Ma tache est essentiellement administrative. J’essaie de faire bouger les lignes, de solliciter des rencontres professionnelles. Je fais les fiches de paye, je vérifie les contrats, je trouve des fonds publics…Et puis je continue à booker les tournées. Ca me plaît bien. En bref je gère la carrière du groupe. J’essaie d’avoir en permanence une visibilité sur deux ans. Mais là, je commence à flipper car on n’a pas d’album sur le feu…

M : Pour vous comme pour Ez3kiel, comment les choses évoluent-elles ?

FB : Au début, on s’est servi de nos premiers cachets pour créer une SARL d’édition. Mais gérer les éditions, faire de la synchronisation, c’est un métier nouveau pour nous qui nécessite du temps et de l’investissement. Jarring devrait nous proposer un contrat d’édition sous peu. Et puis, on va sûrement se positionner en co-édition pour des musiques de films, des choses comme ça. Mais le métier a changé. Aujourd’hui, tout passe par Internet. Pour exister, il faut se diversifier. Mais ça nous va bien car Ez3kiel est une formation multiforme qui travaille aussi bien l’image que le son, avec un univers visuel très singulier. Aujourd’hui, on arrive à vendre entre 12 000 et 15 000 albums par sortie.

M : Quelle est votre recette pour percer à l’export ?

FB : On n’a pas de gros moyens en promotion. Jarring ne néglige cependant pas la promotion de l’album. C’est important d’avoir cet appui, mais ce n’est qu’une goutte d’eau. Etant donné qu’on ne fait pas beaucoup de radio, la meilleure promotion reste les concerts, les festivals et nos affiches au graphisme soigné. Avec ça, un groupe arrive à sortir de sa ville pour jouer dans son département avant d’élargir à sa région puis aux régions limitrophes. Mais il faut savoir voyager léger pour ne pas effrayer les programmateurs. Le challenge consiste à éviter les surcoûts tout en restant super bons sur scène. Après, pour exploser au niveau national, il faut sortir un bon disque. C’est essentiel ! L’export, c’est encore un cran au-dessus. Nous travaillons à cette problématique pour vendre le groupe à l’étranger en sollicitant des personnes ayant des réseaux sur place. A la Réunion, pourquoi ne pas mutualiser les moyens et prendre un manager qui représenterait des groupes. C’est une idée non ?

Propos recueillis par Olivier Pioch - extrait de Muzikalité 35- plus d’infos sur www.ez3kiel.com

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