Prestataires techniques

Techniciens du spectacle vivant

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  • Publié le 14 novembre 2011

Les techniciens du spectacle vivant constituent une caste de travailleurs trop souvent oubliée. Rencontre avec ces hommes de l’ombre qui oeuvrent pour mettre les musiciens en lumière.

Derrière l’appellation « techniciens du spectacle vivant » se cache une multitude de métiers que l’on peut grossièrement regrouper sous cinq secteurs d’activités : l’éclairage, la machinerie et les structures, le son, l’électricité et la régie. Ces cinq secteurs renvoient eux-mêmes à une gamme très large de fonctions. Pour les structures et la machinerie par exemple, il faut bien distinguer le métier de chef machiniste de celui de rigger (personnel technique affecté au montage et aux accroches des ponts, moteurs… ) ou de cintrier (machiniste affecté aux manœuvres des équipes mobiles du cintre de scène). Il est important de noter ces différences : peu considèrent qu’ils exercent le métier de technicien du spectacle ; chacun préfère mettre en avant sa compétence particulière (régisseur, chef-éclairagiste etc… ). L’étude menée en 2010 par le PRMA sur les besoins en renforcement de compétences* distingue cinq profils majoritaires à La Réunion : technicien son / régisseur plateau / technicien lumières / road, backliner / technicien vidéo.

Un corps de métiers

S’il est difficile de dater précisément l’apparition d’une branche professionnelle de techniciens du spectacle, cette dernière est à mettre en lien direct avec le développement des scènes sur l’île. A ce titre, le CRAC (Centre Régional d’Action Culturelle), qui précéda l’ODC (Office Départemental de la Culture) à la tête des Théâtre Départementaux, semble avoir joué un rôle déterminant dans les vocations du secteur. « Pendant longtemps, le CRAC fût le seul pourvoyeur de matériel. Je partais en camion livrer les différentes communes de l’île » explique Danny Moulant, qui travailla pour le CRAC avant d’intégrer le Théâtre Luc Donat au début des années 80. La première structure privée dédiée au spectacle vivant fût montée en 1985 : « J’ai su investir au bon moment, explique le vétéran du secteur, Johny Ferrier. Pour la venue du Pape en 1989, j’ai dû monter en puissance. Cela fait 25 ans que je travaille dans le son ». L’apparition de producteurs privés et de groupes de musique d’envergure internationale, la multiplication des spectacles gratuits produits par les collectivités locales, et l’explosion du nombre de salles publiques ou subventionnées ont favorisé la constitution d’un tissu de prestataires privés et l’embauche de personnel technique. Il apparaît aujourd’hui extrêmement difficile de comptabiliser le nombre de techniciens travaillant sur l’île ; entre 200 et 300 d’après les chiffres fournis par l’Unédic eu début des années 2000…**

Des parcours de formation variés

Musiciens, managers de groupes, mélomanes… les techniciens du spectacle vivant rentrent souvent dans le métier par passion : « J’ai débuté en tant que bénévole sur les concerts et les festivals… avant d’en faire mon activité professionnelle principale » explique Pedro, technicien structures et lumières chez Stage OI. Ce constat en implique un autre : les techniciens ont souvent en commun d’avoir appris leurs métier sur le tas. L’acquisition des compétences se fait cependant, de plus en plus, sur les bancs de l’école : « J’ai suivi une formation en alternance, explique Cédric. Cela m’a permis d’asseoir un background théorique et de le mettre directement en pratique ». Pour autant, la légitimité dans ce métier s’acquiert bien souvent au fil des années de terrain : « Certains sortent de formations techniques très poussées… mais ont tendance à mixer avec les yeux, ironise Ian Henderson, patron de Stage OI. Il est important de se former mais entre la théorie et la pratique, les conditions diffèrent ». Les métiers du spectacle étant en constante évolution, nombreux sont les techniciens qui se forment tout au long de leur carrière. « Je suis 60 % auto-didacte. Le reste je l’ai appris en formation. La technologie a beaucoup évolué et le niveau global de la production nous oblige à nous adapter » explique Jean-Pierre Tanjon. L’apparition de structures de formations dédiées à La Réunion (Jeudi Formation, ACSEF…) rejoint d’ailleurs ce besoin de formation continue et de validation des acquis.***

La question du statut

Certains techniciens du spectacle vivant exercent leur activité en cotisant pour leur intermittence, d’autres travaillent dans les salles en tant que salariés. Dans les faits, la dichotomie entre les deux « statuts » disparaît parfois puisque les salles et les prestataires emploient de façon régulière les mêmes intermittents. « Je travaille avec un personnel dédié, des agents détachés d’autres services et un parc d’intermittents que je sollicite régulièrement » explique Richard Ladauge, coordinateur technique au Théâtre de Champ Fleuri. Même constat du côté de Stage OI, d’Hémisphère Sud, du Kabardock ou du Théâtre Luc Donat. Les employeurs voient plusieurs avantages à fédérer une équipe régulière d’intermittents : le personnel est formé et habitué aux conditions de travail ; les intermittents sont responsables du matériel qu’ils utilisent et l’entretiennent ; les rapports humains sont simplifiés. Malgré les efforts de certains employeurs pour stabiliser leur personnel technique, le secteur reste marqué par une certaine précarité. « Beaucoup d’employeurs tirent les cachets vers le bas, confie un intermittent. La concurrence est rude est cela se ressent sur les coûts de personnel que nos employeurs tentent parfois de réduire ». La pénibilité au travail est aussi à prendre en compte. Au delà de l’aspect physique du métier, les techniciens travaillent souvent en soirée, le week-end, dans l’urgence. Dans un même temps, beaucoup reconnaissent que c’est aussi ce qui les a séduit. « Dans ce travail, il y a de l’émulation. Il faut parfois réussir l’impossible. Cela crée une solidarité entre nous : on se connaît… on s’entraide… car on est tous dans le même bateau », conclut un intermittent.

Retrouvez le dossier complet dans Muzikalité 44 en téléchargement gratuit sur notre site.

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