Styles musicaux

Le Reggae à La Réunion

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  • Publié le 2 juillet 2010

Porté par un discours émancipateur, le reggae, qui est né dans une « île créole », a trouvé écho auprès du public et des musiciens réunionnais. Une musique rythmée, consciente et festive qui anime la création musicale réunionnaise depuis plus de 20 ans.

Les groupes de reggae réunionnais émergent à La Réunion au début des années 90. C’est à cette époque que sont organisés les premiers concerts de Defoul la mèm, Kom Zot, Rasman, Rouge Reggae ou encore Natty Dread. A cette époque, le reggae a pourtant influencé nombre de groupes et a fait l’objet de stratégies de réappropriation par les musiciens locaux.

Seggae, malogué et maloya électrique

Si le reggae fait partie intégrante du répertoire des groupes de bal « séga » dès la fin des années 70, il influence plus directement les musiciens locaux à partir du début des années 80. C’est d’abord le cas des groupes de maloya électrique. Ziskakan, Ti Fock, Sabouk, Baster, Ousanousava, Ravan… intègrent certains codes idéologiques – africanité, identité, conscience -, musicaux et vestimentaires du reggae.
Le seggae qui naît de la contraction du séga et du reggae, émerge à l’île Maurice dès le début des années 80 ; le reggae y est, à cette période, extrêmement populaire. A la faveur d’un premier concert à Château-Morange et de l’enregistrement à La Réunion de la première cassette de seggae, par le groupe mauricien Racine Tatane, emmené par son leader Kaya, ce style musical conquiert le public réunionnais. Inspirés par le seggae mauricien, des groupes de seggae et de malogué – contraction du maloya et du reggae - naissent à La Réunion. Leur apparition est favorisée par un dispositif institutionnel, les Contrats Emploi Solidarité Musique. Des CES Musique émergent des groupes de malogué tels que Vyin Bougé, Na Essayé, Progression, Patrick Persée, Aim a nou, Cyclon qui vendent plusieurs milliers d’albums. Le label Discorama se développe notamment grâce au succès populaire de cette musique. Malgré la reformation annoncée de Na Essayé, la scène malogué est aujourd’hui faiblement représentée et beaucoup moins active que la scène seggae réunionnaise (Racine Seggae, Racine des Iles…)

Reggae réunionnais

Si le malogué et le seggae ont joué un rôle dans la popularisation de la musique jamaïcaine, les artistes de reggae reconnaissent une filiation tout autre. Les figures des mauriciens Kaya et Ras Natty Baby ont évidemment nourri l’imaginaire des musiciens locaux, mais ces derniers affirment avoir d’avantage forgé leurs oreilles à l’écoute de titres de reggae britannique - Aswad, Steel Pulse - et jamaïcain - Burning Spear, Bob Marley notamment -. La découverte de la musique jamaïcaine s’est donc faite au travers des disques et K7 importés.

L’émergence des groupes de reggae doit aussi beaucoup à la production de concerts de reggae à La Réunion, au Petit Stade de l’Est, au Parc Expo de Saint-Paul et à La Ravine Saint-Leu notamment. A partir de 1991, l’association para-municipale dionysienne Kan Kaliks organise les venues de pointures du reggae international tels que Third World ou Lucky Dube. Les concerts se multiplient sur cette période à l’initiative de producteurs privés, Yellow Moon notamment : Israël Vibration, Steel Pulse, The Gladiators… Ces concerts favorisent la popularisation du reggae dans la population reunionnaise et offrent l’occasion aux formations locales de se produire en première partie de groupes internationaux.

Rastafarisme et « black consciousness ».

L’adaptation de la musique jamaïcaine au contexte local s’est faite sans bouleversement fondamental du carcan esthétique reggae : introduction de paroles en créole, ajout d’instruments « traditionnels », problématiques locales abordées dans les textes. Le reggae réunionnais reste marqué par les thématiques globales et un synchrétisme qui allie les préceptes de la religion rastafaraï à une dénonciation du système.

La référence aux thèmes de Marcus Garvey – panafricanisme, libération, conscience « black » - a trouvé une résonance forte à La Réunion : thèmes de l’esclavage et de la libération, anticolonialisme, dénonciation de l’oppression culturelle… Cette lignée idéologique est défendue avec plus ou moins d’insistance. En la matière Ti Rat et Rouge Reggae sont les représentants les plus ancrés dans ce courant de pensée. Certaines communautés se sont formées pour rester fidèles aux préceptes de la religion rastafaraï tels qu’ils furent développés par Howell. Ces principes guident les modes de vie de certains rastas tels que Ti Rat, les membres du collectif Jah Jah Records, ou Black Nation…

Les groupes ont dans leur majorité adopté les codes esthétiques du genre (dreadlocks…) et le rastafarisme reste un cadre idéologique de référence. À l’intérieur de ce canevas, les groupes développent des thématiques allant des problèmes du quotidien à des enjeux plus politiques. Certaines chansons à l’instar de nombreux titres de reggae jamaïcain sont aussi festives.

Economie « roots »

La plupart des albums de reggae sont auto-produits et peu ont été distribués en métropole. Les chiffres de ventes restent modestes malgré de beaux scores réalisés à la sortie des concerts. En outre, le dernier disquaire reggae de l’île « Dance hall vibes » a fermé récemment. Le « live » reste donc le mode privilégié de création de richesse. Les concerts de groupes internationaux rassemblent encore aujourd’hui plusieurs milliers de personnes et sont organisés plusieurs fois dans l’année avec des premières parties locales.

L’export des groupes réunionnais reste difficile tant il est vrai que les groupes de reggae à succès se sont constitués un public en passant beaucoup de temps sur les routes. La Réunion n’offre évidemment pas cette possibilité. Rouge Reggae, Natty Dread, Kom Zot, Zionlight ou Verzonroots ont cependant réussi à monter des tournées avec leurs propres moyens. Certains d’entre eux se sont produits en Jamaïque et dans la Zone Océan Indien. Cette région est d’ailleurs à l’honneur du festival de reggae ROIR, organisé chaque année en Saône-et-Loire par le réunionnais Ras Amadeus Bongo.

Vibrations Reggae

Issu de la soul, du rocksteady et du ska, le reggae a produit nombre de courants musicaux à sa suite : dub, ragamuffin, dancehall… Une des formes d’expression reggae les plus prisées est le sound-system. Rappelons que les sound-systems ont favorisé la croissance de la production reggae en Jamaïque dans les années 50, les Dj’s rivalisant « d’un yard à un autre » pour innover dans leur sélection musicale. Les sound-systems sont aussi des lieux d’expression pour les toasters – équivalents des MC’s - locaux. Parmi les structures existantes, citons Ker Faya, Ker Maron / Dj Dan, Dj Lokal et Bass Kulture Sound System.

Autre forme dérivée du reggae, le ragga. Si son éclosion doit être rattachée au développement des cultures urbaines, le ragga réunionnais reste, pour autant, connecté à la scène reggae. L’implication de Luciano Mabrouck de Kom Zot ou de James dans la carrière de jeunes formations de la scène dancehall locale est éclairante.

Enfin, nombre de groupes ont ouvert leurs influences à la musique jamaïcaine à l’image de groupes reggae ayant inclus dans leurs compositions d’autres styles musicaux. Le groupe Toguna incarne assez bien cette démarche avec sa musique folk teintée de reggae, de maloya et de soul… Benjam, positionné sur une branche ségaragga, a enregistré en 2006 l’album « Quelques notes de reggae » très tourné vers les racines du reggae jamaïcain. Ce texte et ces portraits oublient forcément nombre d’artistes ou professionnels. Nous nous excusons d’avance auprès d’eux et vous invitons à venir les découvrir sur muzikannuaire accessible depuis notre site runmuzik.fr.

Pour aller plus loin : Le reggae à La Réunion, enjeux et modalites d’une appropriation musico-symbolique, Guillaume Samson, Université de La Réunion, DEA de Lettres et Sciences Sociales, Option Anthropologie, 1998.

- Kom Zot
Kom Zot est un groupe originaire du quartier dionysien du Chaudron emmené par Luciano Mabrouck. Ce dernier est issu du groupe Koman Na Fé, et c’est, bercé par le reggae roots qu’il lance Kom Zot en 1991. Le premier disque du groupe, « Rebel Kabaré », paraît en 1994 chez Discorama et sera suivi de deux albums en 1996 et 2000 et d’un « best of » en 2002. Kom Zot se produit en parallèle en première partie de groupes prestigieux tels que Lee « Scratch » Perry, Steel Pulse, Aswad, Culture, Lucky Dube… Suite à une prestation remarquée en première partie des Gladiators en 2000, Albert Griffiths invite Kom Zot en 2004 sur sa tournée d’adieu. L’idole des Gladiators est aussi en featuring sur leur dernier album en date « Fé in Zes », sorti en 2007, réalisé par Tyrone Downie. Luciano Mabrouck a en effet développé depuis 2005 ses activités de producteur. Sous l’étiquette MaronRprod, il rassemble une écurie d’artistes d’horizons divers dont il produit les spectacles (Kaf Malbar, James…) ou les albums (Jean-Louis Leon, Kom Zot, Simangavole… ). Kom Zot a par ailleurs effectué une tournée métropolitaine en 2008 comportant des dates à la Cigale et à l’Elysée Montmartre. Le groupe fêtera en 2011 ses 20 ans avec un album live et un nouvel opus en studio.
www.myspace.com/komzot - www.kom-zot.fr

- Ti Rat – Rouge Reggae
L’aventure Rouge Reggae débute en 1994 autour de Ti Rat et de sa compagne Diane Lebeau. Elle se poursuit aujourd’hui en famille : leur fils Lunaïc est le batteur attitré du groupe et leurs deux plus jeunes enfants les accompagnent souvent sur scène. Le groupe possède d’ailleurs son studio d’enregistrement - Zone Jaune Records - à Sainte-Anne et sa propre structure de management via l’association Ter Ver. La création de Rouge Reggae est autant liée à l’influence des sonorités roots du reggae jamaïcan ou britannique (Steel Pulse, Aswad notamment) qu’à un cheminement intellectuel « Rasta et Jah Work ». La popularité emblématique du groupe tient à leurs nombreux concerts à La Réunion (premières parties de Third World, Culture, Burning Spear, The Gladiators…) mais aussi aux tournées que le groupe a organisé, en partenariat avec Mediacom, en métropole (en 2007 et en 2008) et dans l’Océan Indien. Leur 4ème album « Black Cause », sorti en 2010 – après trois opus édités en autoproduction –, est marqué par les sonorités roots, les messages conscients et le renouveau générationnel qui s’opère depuis la cellule familiale. Le groupe a par ailleurs travaillé en résidence avec Yann Costa qui a apporté aux sets du groupe une touche electro-dub.
www.rougereggae.com

- Black Nation
Emmené par Jean-Luc Mira, Black Nation est un groupe basé à Saint- Paul / Bernica. Le projet est porté par l’association Vibrations Roots, qui organise par ailleurs des soirées dédiées au reggae et à l’artisanat local. Black Nation puise ses sources dans la philosophie rastafaraï que Jean-Luc découvre à la fin des années 70 au contact des vinyles de Bob Marley, Burning Spear, I Jahman Levy… Arpentant les chemins spirituels et politiques posés par Marcus Garvey, Jean-Luc participe à de nombreuses expériences musicales, devient batteur de Ras Man et fonde avec quelques amis, Black Nation, en 1994. Cette aventure musicale l’emmène sur plusieurs scènes de La Réunion mais aussi à Mayotte. Un album est sorti en auto-production en 2008. Un mélange roots mêlant textes engagés et lignes de clavier aériennes.
www.myspace.com/blacknation974

- Natty Dread
Natty Dread fête en cette année 2010 ses 18 ans de carrière, avec la sortie de l’album « Kingston-Reunion » enregistré en Jamaïque par Samuel Clayton Jr. et Stephen Steward avec la complicité d’une section rythmique de premier choix : Sly Dunbar et Leroy « Horsemouth » Wallace. Enregistrement d’autant plus chargé de sens qu’il avait lieu au Studio Harry J où fût enregistré l’album de Bob Marley « Natty Dread ». Si le groupe a, par le passé, délocalisé l’enregistrement de son album « Bamako Roots Reggae » au Mali, cet opus constitue un véritable retour aux sources en forme d’hommage à l’influence majeure du groupe : « Bob Marley ». Comme lui, leur musique s’ancre dans le reggae roots et des textes conscients. Ces paroles chargées de sens, Natty Dread les a portées, en Afrique, dans l’Océan Indien et en métropole au cours de tournées organisées avec leurs propres moyens. Le nouvel album donnera lieu à un spectacle « Kingston-Reunion » visible prochainement sur les scènes de l’île.
www.nattydreadreunion.monsit…

- Verzonroots
Verzonroots émerge de l’association portoise F42 au début des années 2000 à la faveur de la rencontre entre le chanteur-guitariste Christophe Fruteau et plusieurs musiciens dont Samuel Célestin (batterie) et Jacques Amémoutou (percussions). Le groupe se nourrit au fil du temps de l’apport de nombreux musiciens (percussionnistes, bassistes, guitaristes) qui lui permettent d’évoluer sur une large palette de sonorités : du reggae roots en passant par la romance, le séga ou le maloya. Le reggae reste cependant le fil conducteur des compositions de leur troisième et dernier album « Ver in zon’ pli roots » paru en 2008. Christophe interprète en outre ses chansons en solo et a été sélectionné pour les Francofolies de La Rochelle en 2007 suite au tremplin RFO « 9 semaines et un jour ». Le groupe est managé par Audrey Lauret et a effectué plusieurs tournées en métropole (2004, 2007 et 2009) et en Jamaïque (2007). Verzonroots a enregistré en 2008 le single « Respect », produit par Cyclea, pour promouvoir la défense de l’environnement. Un nouvel album devrait paraître courant 2011.
www.myspace.com/verzonroots

- Zionlight
Leur premier album, « Men’s Paradide », les place dans la nouvelle génération du reggae roots à La Réunion : des paroles conscientes sur des rythmiques reggae électrisées. Le groupe, encadré par Pascale Tixier, a déjà tourné en métropole et est en pleine structuration professionnelle avec des visées locales et internationales.
www.myspace.com/zionlight974

- Letoyo
Chantre d’un afro-reggae de l’Océan Indien, Yoann Lemille alias LETOYO prône une ouverture musicale où se mêlent le jazz, les musiques réunionnaises et africaines, le folk et le reggae. Letoyo reste cependant marqué par les figures de Bob Marley et de Kaya. Sa musique emprunte des formes acoustiques variées tout comme des sonorités plus électriques (dub notamment). Le groupe a été finaliste de La Clameur des Bambous en 2006, et a plusieurs dizaines de concerts à son actif dont les premières parties d’Israël Vibration, et du plateau The Congos / Black Uhuru en 2009. Guillaume Peroux assure le management du groupe depuis 2009 et la sortie d’un premier album « Ecoute ».
www.myspace.com/letoyo

- Jah jah Records
Niché au coeur du cirque de Cilaos, Jah Jah Records est un collectif artistique bercé par les principes « Rasta », dédié à la musique reggae. Le trio familial bâti autour de Ben I Jah, Elvijah et Aimejah, possède son propre studio d’enregistrement et a produit quatre albums autour de Miohjah. Le dernier en date « Daddy Happy meets Miojah » s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires en Guyane notamment – Daddy Happy, originaire du Surinam y réside -. Leur musique adopte les codes d’une mystique rasta guidée par Jah. Les membres du collectif ont d’ailleurs adopté des principes de vie conformes à la religion rastafaraï et ont fait de leur studio un lieu de rencontres. A part Elvijah, les artistes de Miohjah tournent peu et se consacrent principalement au travail en studio. Un nouvel album d’Elvijah est à paraître bientôt ainsi qu’un disque d’un artiste hip-hop mahorais.
www.kultureunion.com - www.myspace.com/elvijah7

- James
Issu des mouvements qui ont facilité l’émergence d’une culture urbaine dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis, James est un artisteproducteur clé du hip-hop, dance-hall et reggae réunionnais. Dans les années 90, Kom Zot accompagne son groupe, Caniars Eduqués Dans la Cour (CEDC). James pose alors les bases d’une collaboration avec L. Mabrouck qui se poursuit encore. Après l’aventure CEDC, James se lance dans une carrière solo en 2001 en même temps qu’il installe son studio au Village Jeunes du Chaudron. Il participe à la production et à la réalisation de nombreux projets à succès : Kaf Malbar, Babiluzion, Zenès Maloya… Sa carrière de musicien prend en 2006 une orientation nouvelle matérialisée sur l’album « Lès mi blès » co-produit par JPR. James y dévoile une couleur plus reggae et des compositions orchestrées. Le reggae reste aujourd’hui une source d’inspiration majeure de ses compositions. Un album live, produit par Maron’R précédera en 2010 la sortie d’un nouvel album studio.
www.myspace.com/kzaljames - www.myspace.com/james97490

- Gondwana
Bâti autour du trio Charly Lesquelin, Dimitri Broeders, André Barret, Gondwana est un groupe protéiforme qui a su renouveler ses compositions au gré des musiciens qui l’ont accompagné. Le groupe s’est ouvert à diverses influences (reggae, ragga, blues, rock…) dans une démarche multi-culturelle. Gondwana est né en 1994 au Tampon et s’est très rapidement produit dans les bars de l’île. Leur premier album « Un seul roc  » est sorti en 1997. Entre cette date et aujourd’hui, quatre albums ont vu le jour en autoproduction. Gondwana a par ailleurs joué en première partie de groupes tels que Apha Blondy ou The Congos. Un titre avec les Jamaïcains est d’ailleurs prévu sur le nouvel album à paraître en 2010. Cette formation a la particularité de compter plusieurs peintres : Charly Leslequin mène par exemple une double carrière de musicien et de plasticien exposant ses oeuvres aux quatre coins du globe.
charlylesquelin.com/gondwana.html

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