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Le Bal Tamoul au Festival de l’Imaginaire

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  • Publié le 3 mai 2011

Dédiée à l’accueil des manifestations étrangères selon tous leurs modes d’expression et quel que soit leur milieu d’origine : profane ou sacré, savant ou populaire, professionnel ou non professionnel, lettré ou oral, traditionnel ou contemporain… la Maison des Cultures du Monde oeuvre depuis 1982 à la promotion et à la défense du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (spectacle vivant, label "Inédit", développement universitaire de l’ethnoscénologie, centre de documentation, résidences d’artistes…).

Depuis le Maloya en 1983, la Maison des Cultures du Monde a programmé nombre de spectacles en provenance de la Réunion. Elle rend cette année hommage au narlgon ou bal tamoul dans le cadre du Festival de l’Imaginaire qui se tiendra du 10 au 15 juin à Paris et en Région.

Créé en 1997 à l’initiative de la Maison des Cultures du Monde, le Festival de l’Imaginaire se propose de mettre en avant la diversité des fêtes, jeux, rituels et spectacles issus du monde entier. Dans des registres savants ou populaires, contemporains ou traditionnels, minimalistes ou sophistiqués, les spectacles programmés sont pour la plupart inédits en France. Un festival de découverte en somme qui prône la pluralité et le "divers" !

Avec le soutien de l’année des Outre Mer et de l’Association des Etudiants Réunionnais de Paris, l’association Obli Pa Nout Tradisyon Tamoul, présidée par M. Jean-Luc Tévanin Singany présentera ce bal tamoul dédié à la déesse Valli en deux épisodes :

  • samedi 21 mai à 20h30
  • dimanche 22 mai à 17h00
  • à la Maison des Cultures du Monde (101, Boulevard Raspail, 75006 Paris, M°Saint-Placide / Notre-Dame des Champ).

Billetterie et infos : www.festivaldelimaginaire.com

Sur le Narlgon par Cécile Pélissier, directrice adjointe de la Maison des Cultures du Monde

Après l’abolition de l’esclavage en 1848 les « engagés », indiens originaires pour la plupart des régions du sud de l’Inde, arrivent massivement sur l’île de la Réunion pour fournir la main d’oeuvre nécessaire à l’exploitation des plantations. Ils vont également offrir à l’île et à ses habitants leurs langues, leurs cultures, leurs arts, leurs divinités, leurs rites, leurs mythes et leur vision du monde en partage.

Parmi ces nombreux apports figure le Narlgon, forme théâtrale originaire du Tamil Nadu qui puise ses sources dans le Terukuttu, théâtre populaire tamoul (présenté lors du 1er Festival de l’Imaginaire en 1997). Également appelé Narlégon ou Nardégom mais plus connu sous l’appellation de bal tamoul ou de bal malbar, cette difficulté à le nommer indique que le métissage est déjà à l’oeuvre dans la désignation même de cette forme de théâtre vernaculaire réunionnais.

Ce processus de créolisation qui sous-tend toute l’histoire et l’évolution du Narlgon depuis le xixe siècle lui confère sa véritable singularité. Cette tradition tamoule est à l’origine pratiquée par les travailleurs agricoles à proximité des temples érigés dans les plantations. Après leurs dures journées de labeur, ces bals leur offrent un espace de liberté, un exutoire, et leur permettent de célébrer la grandeur de l’Inde qu’ils ont dû quitter. Ils revêtent naturellement une fonction cathartique en autorisant un renversement des rôles et des statuts : serviteurs, engagés ou esclaves devenant, l’espace de la représentation, seigneurs, rois ou divinités.

Spectacle total, le Narlgon mêle scènes chantées, dansées et mimées. Au son du matalon et des tarlon, une vingtaine d’acteurs, danseurs et musiciens animent le bal. S’il fait parfois la part belle à l’improvisation, le Narlgon n’en demeure pas moins un genre codifié. Le vartial est le maître de cérémonie. Omniprésent et omniscient, il chante l’épopée en tamoul, dirige les musiciens et le choeur, introduit les personnages, résume les scènes en créole, interpelle le public, tandis que les acteurs miment en silence les actions du récit et exécutent des danses toutes en circonvolutions. Les mouvements et la mise en scène sont épurés car c’est le récit qui structure le spectacle. Le Narlgon est un théâtre de la narration.

Si le répertoire est le plus souvent issu des grandes épopées indiennes comme le Mahâbhârâta et le Râmâyana et des versions tamoules qui en dérivent, les thèmes les plus fréquemment abordés dans les bals sont à l’image des préoccupations passées et présentes des tamouls de la Réunion.

Il en va ainsi de la légende qui sera présentée à Paris en deux parties. Le bal Vali, l’un des Narlgon les plus populaires dans l’île, raconte la naissance, l’enfance et les amours de la déesse Vali. Il pose la question de la domination et de la suprématie d’une classe sociale sur une autre et d’une possible mixité, d’un métissage heureux. Vali, née de l’union d’une biche et d’un ascète est recueillie et élevée par le chef d’une tribu de chasseurs et sa femme. Alors qu’elle surveille les champs de millet, Mourougan, dieu majeur de l’Inde dravidienne, la remarque. Subjugué par sa beauté, il veut aussitôt l’épouser, mais doit user de multiples stratagèmes avant de conquérir son coeur. Ils devront ensuite surmonter de nombreux obstacles pour sceller leur union, mais leur amour finira par triompher. Véritable syncrétisme de la culture tamoule et créole, le Narlgon est métissage par excellence. L’association Obli Pa Nout’ Tradisyon Tamoul perpétue cette tradition moins en référence à l’Inde des origines qu’en fonction de leur histoire insulaire marquée par ce métissage. Emblème vivant mais menacé de la malbarité réunionnaise, le travail de transmission réalisé par cette association qui réunit trois générations sur scène est précieux en ces temps où Bollywood exerce sa fascination sur les plus jeunes.

Cécile Pélissier

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