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Le maloya au patrimoine culturel immateriel de l’Unesco

Immense reconnaissance pour toutes celles et ceux qui ont oeuvré à sa sauvegarde, transmission et création. Le Maloya vient d’être inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité grâce à un dossier présenté par la MCUR (Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise) avec l’aide du PRMA et de nombreux artistes.
Le maloya est ainsi inscrit au patrimoine Immatériel de l’Humanité aux côtés d’autres formes de patrimoine immatériel (langues, danses, musiques…)
"Un long travail de recherche mené par l’UNESCO sur les fonctions et valeurs des expressions et pratiques cultuelles ainsi que des monuments et sites a ouvert la voie à de nouvelles approches de la compréhension, de la protection et du respect du patrimoine culturel de l’humanité. Ce patrimoine vivant, dit immatériel, donne à chacun de ceux qui en sont les dépositaires un sentiment d’identité et de continuité, tant ils se l’approprient et le recréent constamment . Moteur de la diversité culturelle, ce patrimoine vivant est fragile. Au cours des dernières années, il a acquis une véritable reconnaissance mondiale et sa sauvegarde est devenue l’une des priorités de la coopération internationale grâce au rôle phare joué par l’UNESCO avec l’adoption, en 2003, de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel." (extrait du site de l’Unesco).
Pour plus d’informations site de l’Unesco.
Les réactions de quelques acteurs-phares de la vie culturelle à la Réunion.
- Carpanin Marimoutou, directeur de la MCUR
C’est d’abord une reconnaissance et une valorisation extraordinaires de la culture réunionnaise. Pour la première fois, la France a présenté la candidature d’une expression culturelle créée dans un département d’outre-mer, issue de l’esclavage et de l’engagisme. Nous sommes très heureux, à la MCUR, d’avoir travaillé à cette reconnaissance. L’inscription du maloya sur la liste représentative du patrimoine immatériel par l’UNESCO dit la contribution du peuple réunionnais à la culture mondiale, au même titre que le tango, le jazz ou le blues, par exemple. Nous pouvons, nous devons en être fiers, comme nous devons être fiers de toute notre culture fondée sur la diversité, les rencontres et le mélange, et la valoriser. Le maloya, qui s’est élaboré et enrichi dans la rencontre et le dialogue entre des apports africains, malgaches, indiens, français, est un exemple éloquent des processus de créolisation qui se sont développés (et qui continuent de se développer) à la Réunion. C’est en ce sens qu’il est particulièrement représentatif de la culture réunionnaise, dans sa dynamique, sa créativité constante, son dialogue assumé avec les cultures du monde. La reconnaissance internationale du maloya est aussi un immense hommage rendu à toutes celles et à tous ceux qui ont résisté au déni, au mépris, à la marginalisation, aux interdictions de toute sorte, aux brimades pour affirmer, maintenir, valoriser et transmettre leur culture. A travers cette forme et cette pratique, ils ont ainsi tranmis des rites, des langues, des chants, des rythmes, des textes, des savoir-faire, des manières d’être au monde - fondées sur le respect, la solidarité, le partage - sans lesquels La Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Ils ont démontré toute la force de la culture vivante réunionnaise, de cette culture immatérielle qui, comme le dit Françoise Vergès, « habite les gens plus que les pierres ». C’est aussi par respect pour eux, par fierté pour ce qu’ils ont transmis que toutes les Réunionnaises et tous les Réunionnais doivent contribuer à valoriser et à développer ce patrimoine de toute l’humanité qu’est aujourd’hui le maloya et dont nous sommes toutes et tous désormais les héritiers et les garants.
- Bernard Payet, directeur des affaires culturelles à la Région
Je trouve que c’est un joli pied de nez à l’histoire et un juste retour des choses. Le maloya est universel par nature puisqu’il provient, dans sa pratique et dans ses instruments, des différentes sources de peuplement de l’île. D’une certaine manière, son inscription au patrimoine de l’Humanité renvoie à cette dimension universelle. La symbolique est plutôt sympathique ! En outre, c’est un juste retour des choses pour un peuple qui a perdu sang et eau sur nos terres. Une manière de rappeler que cette pratique culturelle est née du martyre de nos ancêtres. Maintenant, il s’agit de faire de cette consécration un levier de promotion. En tant qu’élément fédérateur de notre identité, le maloya trouve là un nouveau souffle qui va faciliter le travail d’inventaire patrimonial tout en relançant son apprentissage, la diffusion des pratiques et des savoirs.
- Danyèl Waro, auteur, compositeur et interprète
C’est une reconnaissance pour tous ceux qui, depuis les années 1970, ont fait du maloya un puissant moteur identitaire. Mais pour moi, ce n’est pas une consécration. Le maloya n’est pas juste une musique, c’est une culture d’ensemble qui a aussi à voir avec l’histoire et avec la pratique de la langue. On ne peut pas découper la culture créole en morceaux. Pour moi, il n’y a rien à attendre de cette distinction. Au-delà des bonnes volontés des uns et des autres, les institutions qui en ont fait la demande espèrent sans doute un retour en terme d’image. Mais il faut bien rappeler que le maloya, c’est nous - les artistes - qui le faisons.
- Stéphane Grondin, artiste, musicologue et producteur
Evidemment, c’est toujours bon à prendre. Mais il ne faudrait pas s’arrêter à cette reconnaissance. Il faut pousser la valorisation de cette musique à La Réunion autant qu’à l’extérieur ; sans oublier les autres pans de la culture créole. L’inscription au patrimoine de l’Unesco peut faire du maloya une locomotive de la créolité, faire émerger une certaine fierté. Mais je constate que cette musique et cette culture constituent un art de vivre encore méconnu, voire même un peu honteux. Le maloya est issu des basses couches de la société. Il se développe dans les quartiers défavorisés. Il n’y a qu’à voir le niveau de vie des musiciens qui en jouent ! Ils ne passent pas vraiment en radio, très peu à la télé. Le combat reste à mener pour que cette culture soit reconnue à sa juste valeur.
O.P.


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