Figures Historiques

Claude Vinh San

Réagir
  • Imprimer Email Facebook
  • Publié le 10 juillet 2009

Accordéoniste, auteur, compositeur et interprète, Claude Vinh San fêta en 2007 ses cinquante ans de carrière à la tête du Jazz Tropical. Une longévité qui s’explique notamment par l’essence et le choix des répertoires qu’il véhicula à La Réunion, des années 1957 à 1971.

Aussi, populaires et festifs à souhait, les enregistrements 78 Tours et vinyles à l’actif de l’orchestre nous renvoient à l’âge d’or de l’accordéon chromatique au sein des bals créoles de l’île, tout en nous laissant juge de l’influence des répertoires européens sur les compositions de Claude Vinh San. Autrement dit, jouer de la variété et du musette, tout en valorisant le patrimoine musical local du début du XXième siècle (fait de « chansonnettes créoles » principalement instaurées par Georges Fourcade et de maloyas issus du folklore), permettra à Claude Vinh San et au Jazz Tropical d’obtenir, des longues années durant, l’engouement du public réunionnais.

Claude Vinh San s’est toujours positionné en tant qu’ardent militant de la « chansonnette créole ». Mais n’allons pas voir de connotation péjorative dans cette appellation véritablement d’usage à La Réunion, au début du XXième siècle. Instauré par le barde créole Georges Fourcade, ce style musical se caractérise par des paroles en créole, agencées en couplets/refrains sur des mélodies dansantes, héritées de celles des figures des quadrilles créolisés. Autrement dit, il s’inscrit en préfiguration du «  séga », devenu réellement populaire à La Réunion au début des années 1950. Si Claude ne se qualifie pourtant pas de « ségatier », c’est parce que l’essence des chansonnettes créoles qu’il a fait perdurer à travers ses compositions ne se retrouvera pas nécessairement dans toutes les musiques que l’on a aujourd’hui tendance à rattacher au « séga », sans véritablement en analyser le contenu.

Le terme étant devenu trop générique pour une musique en évolution constante, Claude préférera rester fidèle à la chansonnette créole de ses débuts (pouvant également être uniquement instrumentale), puis au séga-variété de la fin des années 1960. Ainsi, à l’image des Z’histoires la caze de Georges Fourcade, ses compositions vinyles et 78 Tours consistent à dépeindre des scènes de la vie courante réunionnaise, sans intention de les critiquer, profitant de l’humour que renferme la langue créole pour égailler la vie des gens.

Cette même démarche le conduisit à composer des maloyas qu’il qualifie de « dansants », en opposition aux « maloyas racines », forme de contestation sociale traitant de la souffrance, de la ségrégation et autres relents du colonialisme.

Innovant en terme d’instrumentation, d’arrangements et parfois même de paroles, Claude s’attela également à revisiter les « tubes » à la mode musicale du moment : ainsi les chansonnettes créoles « Nounoute à cause  » et « P’tit fleur fanée » (n°11) devinrent au sein du Jazz Tropical des twists, alors que la comptine « Meunier tu dors » (n°9) se transforma en un air créole.
Il fit revivre des mélodies appartenant au folklore réunionnais de la génération antérieure à la sienne, en leurs adjoignant des paroles populaires.
Enfin, il composera dans des styles variés (tango, boléro…) des morceaux instrumentaux évoquant toujours La Réunion, ne serait-ce qu’à travers leur titre.

Extrait du livret de "Claude Vinh San et le Jazz Tropical", édité par le PRMA / Takamba, textes de Fanie Precourt

vos réactions


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.