Figures Historiques

Georges Fourcade

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  • Publié le 21 juillet 2009

Surnommé "le barde créole", Victor-Georges Fourcade naquit le 27 juillet 1884 à Saint-Denis. Ses chansons et son attachement à la défense de la langue créole en font un personnage clé de la culture réunionnaise.

Ses débuts

Il semble que sa première chanson, Zézère, date de 1920, mais à l’époque il est davantage connu pour ses talents d’interprète, que comme auteur de chansonnettes créoles, ainsi qu’il les définit lui-même. Ses premiers succès vinrent avec Mon Doudou (musique de Jules Fossy, son ami et professeur de musique) et Nounoute.

Un homme moderne

Tourné vers les nouvelles techniques de communication, il fut le premier artiste réunionnais à faire graver sa voix et à se produire à Radio Saint-Denis. D’ailleurs, il aura des activités radiophoniques jusqu’à la fin de sa vie.

Une seconde série d’enregistrements avec l’orchestre Jules Arlanda père (parmi les plus célèbres, Caïamb et sombrère, Le p’tit paille-en-queue, Ah Bell’ mère, Séga Bourbon, Courant lé trop fort, Ah Nénère…), effectuée par la maison Odéon, établira définitivement sa renommée. Son succès, lors de l’Exposition Coloniale de 1931 à Paris, fut retentissant, et à son retour sur l’île, il est désormais membre de la Société des Sciences et des Arts.

Entre musique et succès

Conscient de la nécessité de médiatiser son oeuvre, il prend soin d’envoyer des exemplaires de ses disques et de ses Z’histoires la Caze à différentes personnalités et amis : son frère Alfred à la direction du journal Le Peuple ; son ami Géo Charles (en réalité Georges Cabart), animateur radio sur les ondes métropolitaines et belges, qui contribuera à faire connaître ses oeuvres ; Madame Winter Frappier de Montbenoit, à qui il doit le titre de barde créole et de Mistral de l’océan Indien. L’importance de sa production discographique lui assure une grande popularité dans l’île (ainsi qu’en métropole), où il est sollicité pour d’innombrables concerts et galas de bienfaisance en compagnie de l’Orchestre Arlanda. Il passe avec succès le concours d’entrée à la Sacem, avec Petite Fleur Aimée en 1930.

Z’histoires la caze

Mais nous ne pouvons citer la vie artistique extraordinairement riche de Fourcade, sans évoquer le coeur, la substance de sa production, ses Z’histoires la Caze. Il s’agit d’un recueil (augmenté au fil des rééditions) de saynètes, petites pièces, sketches, fables et monologues, agrémentés de chansons, fruits de sa création ou reprises du fond populaire, qui constitue une véritable peinture des moeurs et habitudes des Bourbonnais au début du siècle.

Nouveau virage

La seconde guerre mondiale modifie le contexte culturel réunionnais : le blocus anglais isole la Réunion qui ne reçoit plus ni disques, ni films, ni troupes de théâtre. L’interprétation de ses pièces devient la principale distraction des réunionnais pendant, et après la guerre. Le poète devient dès lors organisateur de spectacles en compagnie d’Ellord Fontaine et d’autres amis. En 1946, sa carrière redémarre en métropole par le biais des émissions radiophoniques de Géo Charles et grâce à la publication du Coq d’Auguste, dont la médiatisation bien faite assure l’immédiat succès. Fourcade est donc l’unique représentant de la musique réunionnaise sur les ondes métropolitaines à cette époque.

La fin d’une carrière

Mais déjà le barde créole ne se produit pratiquement plus. Fourcade commence à passer de mode, et à faire l’objet d’articles sur le folklore local, comme figure oubliée. Il devient un marginal dont on apprécie les créations, mais qu’on ne fréquente pas (statut de l’artiste tel que le connurent Alain Peters et Henri Madoré).
Célibataire et sans enfants, mais toujours entouré par sa famille, il meurt à Saint-Denis, le 29 décembre 1962.

Sa musique

La production musicale de Fourcade reste marquée par l’influence de la chanson française et des danses de salon, notamment le quadrille : En réinvestissant des bribes du fonds populaire réunionnais, il s’est forgé son style, participant ainsi à l’une des expériences musicales qui influencera le plus profondément l’avenir du séga. Car s’il est considéré comme un ségatier, ce troubadour des temps modernes se place davantage dans la lignée des chansonniers. Il s’agit, dans le cas de Fourcade, avant tout de romance et de poésie déclamée. L’absence de section rythmique, l’accentuation des temps forts (il n’y a pas encore cette ambiguïté rythmique et ce décalage des accents qui caractérisent la musique réunionnaise) sont autant d’éléments qui nous permettent de supposer que les créations du chanteur ne sont qu’une préfiguration du métissage qui fut nécessaire à la cristallisation du séga.

Textes et photos extraits de "Georges Fourcade, le barde créole", paru sous la collection Takamba éditée par le PRMA.

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