Figures Historiques

Louis Jules Manent, dit “Gramoun Bébé”

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  • Publié le 21 juillet 2009

Gramoun Bébé est un des piliers de la famille Manent qui perpétue les traditions du maloya kabaré. A l’occasion de la sortie d’un album consacré à cette musique paru sous la Collection Takamba [1], il se présente à Stéphane Grondin. [2]

« Je suis né à La Réunion en 1927 sur la propriété de la famille Bénard, dans l’établissement Belle-Vue des hauts de Saint-Louis. Je suis le fils de Julot Manent, un Cafre malgache et d’Adrienne Rangama, une Malbaraise. Mon vrai nom est donc Jules Manent. Aîné d’une famille de seize enfants, nous vivions dans une petite case en paille de deux pièces, alors que mes parents travaillaient pour Léonus Bénard, un des hommes les plus riches de l’île à cette époque.

J’ai découvert le maloya vers l’âge de sept ou huit ans, je ne sais plus très bien. Un samedi soir comme à son habitude, mon père se rendit au calbanon de la propriété pour s’amuser. Ne voulant pas être suivi, il nous enfermait dans la maison. J’étais encore petit mais déjà malin. Promettant de revenir immédiatement, j’ai sauté la fenêtre avec l’aide de ma mère pour me rendre auprès de mon père au calbanon. En arrivant sur les lieux, j’ai découvert des hommes qui chantaient, des femmes qui dansaient, des hommes qui tapaient sur des bacs en fer blancs et un gros tambour fait d’une barrique. J’étais subjugué, c’était le maloya.

Depuis ce jour, cette musique fait partie de moi. Vers l’adolescence, j’allais aux services malgaches un peu partout, chez Ablezot, Fidji, Grèze… Je travaillais aux champs et le maloya était la seule distraction que l’on pouvait avoir à l’époque. On chantait, on dansait du samedi jusqu’au dimanche soir, et le lundi matin, on retournait travailler. Mon premier service, je l’ai fait à l’âge de vingt quatre ans, c’est-à-dire en 1951.

Personne ne m’a indiqué comment faire. Tout ce que je fais, je le tiens de mes ancêtres qui me sont apparus en rêve. Ce sont mes ancêtres qui m’ont montré comment préparer la cérémonie, les offrandes et la famille à cet événement.

Aujourd’hui, j’ai bien vieilli, mais je suis heureux de voir que mes enfants et petits enfants perpétuent la tradition du maloya à travers les services kabaré ou malgaches ».

Propos recueillis par Stéphane Grondin, textes et photos extraits de "Gramoun Bébé, le maloya Kabaré", paru sous la collection Takamba, éditée par le PRMA

[1] "Gramoun Bébé, le maoya Kabaré", paru sous la collection Takamba, éditée par le PRMA

[2] chercheur et president de maloyallstar

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