Figures Historiques

Luc Donat

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  • Publié le 16 juillet 2009

Luc Donat est une figure emblématique du patrimoine réunionnais. Musicien accompli, violiniste émérite, il sût renouveler la musique réunionnaise et s’ouvrir à d’autres styles.

Luc Donat (de son vrai nom Marie Ëmilien Luçay Donat) est né le 17 mai 1925 à Saint-Denis. À l’âge de sept ans, alors que son père ouvre dans la rue de Paris une maison d’éditions musicales, sa grand-mère violoniste l’initie à son instrument.

Au cours des années 30, Luc rentre à l’école de musique pour y suivre l’enseignement d’Evenor Lacouture et de Jules Fossy. Alors que ce dernier lui inculque la pratique des danses de salon comme le quadrille à la base du Séga, Evenor Lacouture lui apprend les rudiments de la musique classique.

- Brève biographie [1]

  • Des débuts prometteurs

A l’âge de quinze ans, Luc intègre l’orchestre symphonique de Saint-Denis qui se produit régulièrement dans le grand salon de l’hôtel de ville. Il multiplie les représentations publiques en participant à de nombreuses kermesses et en animant des mariages

En 1945, il travaille en tant que secrétaire du parquet au tribunal de Saint-Denis. Mais seule la musique le captive. Il se détache progressivement de son poste pour se consacrer pleinement à sa passion. Au rythme du Séga, sa première formation créée avec Jules Arlanda se produit dans tous les lieux prisés de l’île.

En 1954, le jeune musicien quitte La Réunion pour s’installer à Tananarive. Pendant trois ans, il côtoie dans les night-clubs de nombreux artistes professionnels l’initiant notamment au jazz, à la musique traditionnelle et à la variété.

Puis, en 1957, il effectue un court séjour à La Réunion, durant lequel il joue au sein de « l’Orchestre Donat », avant de s’exiler à Paris.

  • Les années folles

En 1958, nouvellement débarqué dans la capitale , Luc enregistre dans la maison « Vogue » qui le baptise « Roi du Séga » afin de donner plus d’impact à ses disques. Sa carrière parisienne commence en beauté par une représentation à l’Olympia. Les années qui suivent s’avèrent fertiles en rencontres artistiques et en expériences musicales car il ne cesse de se produire. Instrumentiste polyvalent et réceptif à tous les styles musicaux, il intègre, en tant que contrebassiste, le groupe « Los Olvidados ». Il est membre à part entière du monde du spectacle.

En 1960, il quitte cela dit Paris pour devenir chef d’orchestre au cabaret du casino de Deauville. Sa faculté d’adaptation le conduit même à se produire à bord du paquebot France.

En 1960, le violoniste épicurien est de retour à Paris. Fort de ses expériences nouvelles, il crée sa maison de production de disques baptisée « Donali ».

  • Le précurseur d’un métissage musical

En 1968, Luc choisi de rentrer à La Réunion. Il retrouve ses compagnons musiciens de jeunesse (René Lacaille, Roland Raelison, Jules Arlanda, Rico Bourhis, Loulou Pitou…) et se produit régulièrement à leurs côtés. Professionnel à part entière, il s’adonne à nouveau pleinement au séga et crée le groupe « Adoc ». Après quatre ans passés à Saint-Joseph, Luc part vivre à Saint Denis. Il y rencontre Jacqueline Farreyrol et anime à ses côtés l’émission pour enfants « Les p’tits piafs des îles ».

Dans les années 1970, le violoniste multiplie ses prestations publiques en faisant des tournées. Il continue à composer et à enregistrer des ségas. Installé à la Saline, il mène par la suite une vie plus paisible, troquant fréquemment le séga pour d’autres répertoires. Son dernier 33 Tours se caractérise ainsi par des arrangements empruntés à la culture jazz.

En 1986, il fait la une des journaux en annonçant qu’il souhaite finir sa vie à Tahiti. Mais trois mois plus tard, le voici de retour, des projets pleins la tête.

  • Une œuvre inachevée

En 1988, Luc se produit au sein du « Le PSM Anatoll » dirigé par Pierre Louvet. Ensemble, les deux musiciens s’attèlent à créer « Zaccacias », un groupe d’instrumentistes professionnels du profil de « Malavoi ». Au même moment il est nommé responsable du département de Musique Traditionnelle au Conservatoire National de Région.

Le 4 avril 1989, il disparait, sans pouvoir accomplir la totalité de ses projets d’envergure. À l’âge de la sagesse, sa couronne de roi qui le cloisonnait trop souvent au séga, lui semblait lourde à porter. Malgré cela, personne ne contestera ce titre honorifique loin d’être usurpé.

- Sa musique

Auteur, compositeur et interprète, Luc Donat est considéré comme l’un des premiers musiciens professionnels réunionnais à s’être produit à une dimension nationale et internationale. Entièrement voué à la musique, il se consacra longuement au « séga », symbiose entre les répertoires de danses des salons européens (valse, polka, mazurka, scottish, quadrille…) et les pratiques festives afro malgaches des anciens esclaves. Il fut l’ambassadeur de cette musique traditionnelle, qu’il contribua à populariser au travers de nombreuses compositions résolument gaies. Ces dernières narrent la vie créole avec on ne peut plus de finesse, d’humour et de réalisme.

Rythmiquement, elles se caractérisent par la juxtaposition de métriques binaires et ternaires, créant une accentuation syncopée restant un paramètre essentiel et commun à tous les ségas. L’alternance des motifs instrumentaux, tout comme la recherche harmonique et les ponctuations mélodiques des fins de phrases chantées, traduisent sa rigueur d’écriture.

Jouant du violon, Luc Donat est de plus l’un des rares à avoir perpétué la tradition instrumentalehéritée des anciens jouars [2] A La Réunion, le violon était en effet durant le XIXe et au débutdu XXe siècle, un vecteur de la musique savante auprès de familles bourgeoises, mais aussi un des instruments de prédilection des nombreux bals populaires. Néanmoins, la carrière du violoniste ne se limite pas qu’au séga. À maintes reprises il a su prouver qu’il excellait également dans le domaine du jazz, de la musique classique et tzigane.

Textes de Fanie Précourt, extraits comme les photos de "Luc Donat, le roi du séga", paru sous le label Takamba édité par le PRMA

[1] pour plus de détails, reportez vous au livret de l’album paru sous la collection Takamba

[2] Musiciens créoles ayant appris au XIXe siècle, à jouer sur des instruments européens tels le violon, l’accordéon ou le banjo.

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