Figures Historiques

Narmine Ducap

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  • Publié le 21 juillet 2009

Herbert Ducap est né le 26 septembre 1940 à Saint-Denis dans le quartier de Camp Ozoux1. Fils de Marcel Ducap et de Denise Pitou, il se fit surnommé « Narmine » par son oncle et parrain Roger Pitou, ce surnom devenant par la suite son nom d’artiste.

La guitare

L’initiation de Narmine à la musique commence au début des années 1950, alors que l’orchestre Pitou compte parmi les plus actifs de l’île. Mais Narmine, qui ne connaît au mieux que quatre ou cinq accords, travaille surtout d’oreille. Comme beaucoup de musiciens de cette époque, sa première guitare est artisanale. C’est en 1958 que sa mère lui offre sa première « véritable » guitare, achetée à Axel Trémoulu, un des membres du Trio Fantasio. Narmine découvre aussi la guitare électrique par l’intermédiaire d’Henri Mounitz, le guitariste de l’orchestre de l’Hôtel d’Europe dirigé par Serge Barre puis par Armand Tropina.

Musiques « typiques » et rock n’ roll

En 1959, Narmine élargit son répertoire en écoutant la musique du Circo Brazil installé à La Redoute à Saint-Denis. Il se familiarise ainsi avec le mambo, le chachacha et autre limbo rock qu’il rejoue, à la guitare amplifiée, lors d’un bal au Barachois, ce qui lui procure un début renommée à Saint-Denis. Dans une période marquée par l’accordéon chromatique (qui avait supplanté le diatonique), [1] les procédés d’amplification, souvent artisanale, de la guitare permettent par ailleurs d’intégrer le rock’n’ roll et le boogie woogie au répertoire d’une nouvelle génération de musiciens ouverts sur les sonorités nord-américaines et anglo-saxonnes.

L’orchestre Pitou et les chanteurs de rue

Au sein de l’orchestre Pitou, Narmine anima les bals populaires (aussi appelés « Fêtes de nuit ») organisés par la municipalité de Saint-Denis à l’occasion des premiers et 8 mai, du 14 juillet et 11 du novembre. Mais Narmine suivit aussi son oncle dans les bals de mariage.

Narmine fréquenta également les cafés, cantines et boutiques du bas de la ville de Saint-Denis. Les dimanches après-midi, Narmine y écoutait Henri Madoré, Henri Forest, « Petiot » Rebecca, Jacky Chavriama, le travesti « Mireille »… interpréter des ségas ou des chansons françaises en s’accompagnant à la guitare, au banjo ou à l’accordéon.

Madagascar

Entre 1959 et 1962, Narmine effectue son service militaire à Madagascar où, après avoir passé une semaine au mitard pour avoir égaré son paquetage, il est recruté comme musicien de l’orchestre du Quatorzième bataillon d’infanterie de marine. Aux côtés de musiciens métropolitains, Narmine modernise son répertoire qui reste centré sur la chanson française (François Deguelt, Charles Trenet, Yves Montand…) et la musique dite « typique » [2]. C’est aussi à cette période qu’il découvre le guitariste Marcel Bianchi ainsi que Marino Marini, dont les styles, assez proches du genre typique, constitueront une influence importante dans la construction de son phrasé.

Bals, folklore et ségas instrumentaux

De retour à La Réunion, Narmine rejoue un an aux côtés de Loulou Pitou. Il participe aussi au Groupe Folklorique de La Réunion (récemment créé) et intègre occasionnellement les orchestres sudistes d’André Philippe et de Gilbert Taquet, avant d’être recruté par Jules Arlanda pour jouer dans l’orchestre de l’hôtel d’Europe. A l’hôtel d’Europe, les bals et dîners dansants ont lieu les jeudis, samedis, dimanches et Narmine vit presque exclusivement de la musique. En 1964, démarre, parallèlement à son activité de musicien de bal, une série d’enregistrements discographiques consacrés au séga, qu’il réalise sous son nom ou en tant qu’accompagnateur d’interprètes comme Michel Admette ou sa fille Michou dont il lance la carrière en 1972. Durant la deuxième partie des années 1960, il collabore avec Max Dormeuil — le guitariste vedette des Chats Noirs, très marqué par Hank Marvin — et, en pleine vogue des orchestres « trois guitares », lance les duos de guitare électrique.

La vague Pop

En 1967, Claude Mondon, gérant du Petit chaperon rouge à la Montagne, recrute de nouveau Narmine, ainsi que Sully et Elie, pour faire partie des Play Boys. Il s’agit de prendre le virage de la pop music anglo-américaine, l’accordéon étant définitivement passé de mode dans les bals. Mais Narmine quitte les Play Boys en 1969 et, après avoir joué un an au Rio avec Claude Vin Sahn. il relance son propre orchestre pour animer bals et radio-crochets dans l’île.
Mais la carrière de Michou occupe aussi Narmine qui lui fait enregistrer une dizaine de 45 tours. En 1978, Michou et Narmine rejoignent les Caméléons en studio pour l’enregistrement d’un 33 tours.

La fin des bals

Au début des années 1980, Narmine délaisse les bals face à la concurrence croissante des sonos que les gérants de salons privilégient de plus en plus. Ne jouant quasiment plus en public à partir de 1985, son activité musicale se concentre sur les enregistrements : les siens (il enregistre un 33 tours d’instrumentaux chez Piros en 1987) mais aussi ceux de Michou jusqu’en 1987 et ceux de son fils Christian pour qui il compose un album entier en 1999. En 2000, il fête ses cinquante ans de carrière au Théâtre de Saint-Gilles. Cet événement marque le début d’une collaboration avec une nouvelle équipe de musiciens, dirigée par le guitariste et chanteur Guillaume Legras.

Sa musique

Rénovateur du séga instrumental, influencé au départ par celui des frères Legros, Narmine Ducap a contribué à placer la guitare électrique au centre de ce genre musical. Son jeu de soliste (exécuté au mediator), souvent rapide et en triolets, reste marqué par les sonorités des années 1960, en particulier dans son emploi de la « reverb », du « delay » et du vibrato, et accorde une place importante à la construction mélodique. En fait, à l’instar de Max Dormeuil et de nombreux guitaristes créoles qui leur succéderont, Narmine procède par ajout de notes ornementales et d’accentuations qui lui permettent d’asseoir une interprétation ciselée où l’exposition mélodique constitue l’élément principal de l’exécution musicale. En cela, il se situe dans la continuité des orchestres typiques des années 1950 et des orchestres de rock du début des années 1960, en particulier les Shadows, dont il a intégré les éléments stylistiques les plus marquants au séga.

Guillaume Samson, textes et photos extraits de "Narmine Ducap, Ségas Instrumentaux, 1966-1976", paru sous la collection Takamba édité par le PRMA.

[1] Jean-Pierre LA SELVE, Musiques traditionnelles de La Réunion, Azalées Edition, 1995, p. 168 ; Fanie PRECOURT, Le séga des Mascareignes – Instrumentation, Kreol Art, 2007, p. 39.

[2] Dans les années 1950, l’adjectif « typique » sert, en France, à désigner une forme orchestrale, arrangée à la manière hollywoodienne, de la musique afro-caribéenne voire sud-américaine, qui donna naissance au style Exotica

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