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L’économie sociale et solidaire : alternative culturelle dominante

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  • Publié le 20 janvier 2011

L’économie sociale et solidaire (ESS) est un concept très en vogue depuis une dizaine d’années. Pour autant, il renvoie à des formes d’organisation économique anciennes et variées qui visent à remettre « l’humain » au centre de leurs activités.

L’ESS, souvent définie comme le Tiers Secteur, définit des axiomes alternatifs aux principes de l’économie capitaliste (recherche du rendement, bénéfices aux actionnaires, finalité lucrative) tout en permettant un positionnement dans l’économie de marché et la concurrence privée. Elle renvoie à deux critères pas forcément cumulés : une finalité d’utilité collective et un mode d’organisation solidaire.

Principes aux formes d’organisation

L’ESS s’incarne avant tout dans des principes d’organisation traduisant une certaine solidarité : la libre adhésion des individus ; la gestion démocratique ; le non-cumul individuel des profits ; la constitution d’un patrimoine collectif ; la solidarité (interne comme externe) ; l’utilité et qualité des services et des produits ; l’épanouissement de l’individu (par la formation et la culture) ; l’autonomie vis-à-vis de l’Etat et de tout pouvoir constitué1. Dans les faits, l’ESS renvoie aujourd’hui à quatre types de structures : les mutuelles, les coopératives, les associations et les fondations.

Les Coopératives

La SCOP ou société coopérative de production, est une entreprise commerciale positionnée sur un marché concurrentiel, montée en SA ou SARL mais qui fonctionne avec des règles d’administration différentes. Au cœur de ce fonctionnement, un projet commun dont les salariés sont les associés majoritaires. Ils en partagent les risques, les bénéfices et les grandes décisions, c’est à dire : l’orientation générale de l’entreprise ; la désignation des dirigeants ; le mode de partage des bénéfices ; l’information des salariés.

De forme privée et d’intérêt public, la SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) est une nouvelle forme d’entreprise coopérative qui permet d’associer celles et ceux qui, salariés, bénéficiaires, bénévoles, collectivités territoriales… veulent agir ensemble dans un même projet de développement local et d’utilité sociale.

Les CAE (Coopératives d’Activités) sont des SCOP ou des SCIC qui accueillent des porteurs de projet qui souhaitent tester et pérenniser leur activité individuelle sans obligation d’immatriculation juridique et sans risque de perte de droits sociaux. Les CAE fournissent : l’hébergement juridique, un appui administratif, un statut de salarié en CDI de la coopérative, un accompagnement sur le métier d’entrepreneur, des échanges et une mutualisation entre entrepreneurs qui développent leur activité au sein de la coopérative.

Très adaptées au secteur culturel marchand, les SCOP sont de plus en plus utilisées dans le spectacle vivant : le Théâtre du soleil de Paris, la Maison de la Danse de Lyon, l’Orchestre de chambre national de Toulouse sont sous un régime coopératif. Les CAE sont quant à elles en plein développement pour les prestations de service en alternative à l’entreprenariat individuel.

Les mutuelles

Une mutuelle est une société de personnes à but non-lucratif organisant la solidarité, la prévoyance et l’entraide entre ses membres. Les fonds proviennent des cotisations des membres. Elle fonctionne selon le principe de libre-adhésion (contrairement à des organisations de solidarité nationale type Sécurité sociale) et de non-lucrativité (contrairement aux assurances privées). Les mutuelles sont essentiellement utilisées dans le domaine de la santé et de l’assurance.

Associations culturelles

Bien que le secteur coopératif connaisse un essor important, les associations loi 1901 sont les principaux outils de l’ESS dans le domaine culturel. Avec 91800 emplois en équivalent temps plein pour 31400 employeurs et près de 5 milliards d’euros de budget au niveau national, les associations culturelles ont un poids social et économique non négligeable2. Malgré cette importance, ce secteur est marqué par la prééminence de petites associations (budget inférieur à 50 Keuros), et une relative précarité des emplois salariés avec des disparités notables. Notons que les structures de musiques actuelles représentent 10 % des employeurs culturels. Par ailleurs, sur les 5 milliards de ressources du secteur, 52 % sont consacrés à l’emploi. Cette dernière remarque souligne l’importance accordée au travail humain dans la production de richesse des associations. A la Réunion, le secteur culture/loisirs compte près de 150 établissements employeurs (soit 10% des structures associatives) et plus de 700 emplois3.

Les Fondations

La fondation se distingue de l’association par le fait qu’elle ne résulte pas du concours de volonté de plusieurs personnes pour œuvrer ensemble, mais de l’engagement financier et irrévocable des créateurs de la fondation, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises. Les fondations sont très actives dans le domaine du mécénat culturel.

Démarche solidaire et culture

Derrière ces formes d’organisations de plus en plus présentes, se dégagent des principes inspirés de l’ESS et appliqués aux activités culturelles. Dans son « Manifeste pour une autre économie de l’art et de la culture », l’Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles4 défend trois points : la primauté de la diversité artistique et culturelle en s’appuyant sur la notion de citoyen plutôt que celle de public ; la primauté de la coopération, fondement de toute activité humaine : entre artistes et structures ; entre structures ; entre structures et fournisseurs, etc ; la primauté de l’initiative citoyenne à buts autres que lucratifs : il s’agit notamment de réinvestir les excédents dans le projet culturel…

Un concept, des réalités

L’ESS offre une alternative à des fonctionnements relevant de l’économie privée ou des activités publiques. Cependant elle renvoie à des formes d’organisation hétérogènes dans leur fonctionnement et leurs finalités. La frontière entre ESS et initiative lucrative est parfois floue : certaines structures fonctionnant sur le régime associatif ont avant tout des objectifs commerciaux. Par ailleurs, les concepts tirés de l’ESS sont réinvestis dans des stratégies de communication de certaines entreprises dites « citoyennes », sans lien avec les valeurs solidaires. A contrario, certaines associations remplissent des missions relevant autrefois du service public. Matthieu Ely5 pose le constat d’un désengagement de l’Etat compensé par le secteur associatif. Dès lors, l’utilité sociale qui se dégage de l’action associative devrait être pris en compte dans la réévaluation économique d’un secteur marqué par une précarité des emplois. L’auteur met en parallèle cette fragilité liée à l’emploi avec la stabilité des emplois publics.

Un partenaire-clé de l’ESS à La Réunion : la Chambre Régionale de l’Economie Sociale

La CRES consacre ses actions au développement du secteur de l’ESS à La Réunion. Parmi ses missions : l’observation ; la représentation, la valorisation et l’animation du secteur ; l’appui aux acteurs de l’ESS… Dans le cadre de cette dernière mission, la CRES soutient les entre- preneurs de l’ESS et vient en aide aux associations via le Dispositif Local d’Accompagnement.

Le DLA a vocation d’aider les associations d’utilité sociale qui s’engagent dans la consolidation de leurs activités et la pérennisation des emplois. Il s’agit d’un appui extérieur basé sur un état des lieux de la structure et un accompagnement de projet. Il est gratuit et n’est enclenché qu’à la demande de l’association. La CRES accompagne également le développement de SCOP et de SCIC en partenariat avec l’URSCOP et la CCIR. Plus d’infos : www.cres-reunion.com - contact@cres-reunion.com - 02.62.21.50.60

Pour aller plus loin : www.ceges.org - www.scop.coop - www.tessolidaire.com

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